Rencontre avec Jacques Weber à lissue du spectacle
Il y a quelques années, jentrai seul en scène.
Le rendez-vous pourtant différent tous les soirs restait intact : un silence qui navait rien à voir avec le silence que je connaissais au théâtre.
Un silence inconnu, flambant neuf, où ces mots, ces textes, ces grands auteurs, qui meffrayaient tant ils étaient compartimentés, référencés, élitaires ou populistes, hermétiques ou primaires, tous fragmentaires loin de leurs socles et de leurs titres, étaient là, constituant des morceaux qui ne semblaient pas choisis mais évadés, frais comme un premier jour de liberté.
Bizarrement, tous les soirs, le théâtre le seul endroit où lon ne prétend pas à la vérité, là où tout est faux devenait un refuge, le refuge dun « vrai moment de vrai ». Peut-être était-ce là quun rêve saccomplissait; cette sensation fraîche et chaleureuse de liberté, espiègle et naïve nétait plus seulement mienne, elle était partagée. Le public la partageait, navait plus peur. Duras, La Fontaine, Maïakovski, Rimbaud, Beckett étaient avec nous dans la cour de récré, nous nous vengions de lécole.
Je viens seul, la voix brute et à mains nues, un cahier sous le bras, jouer à rire, à pleurer, à réfléchir avec des mots que je trouve beaux et qui ne me font plus peur. Éclats de vie est composé comme un tour de chant, pourtant il sagit bien de théâtre ; une histoire se raconte malgré moi, qui nai pour instrument que mes mains et ma voix.
Jacques Weber
Lacteur a de la générosité, de la vigueur, de lamplitude. Télérama
Il dévore les textes des auteurs quil a aimés tel un ogre gourmand. À son menu, Molière toujours, La Fontaine, Duras, Flaubert
Il improvise, il est joyeux, et partageur. Joli rendez-vous avec un comédien en liberté. Le nouvel Observateur